Conservation : réensauvagement ou restauration écologique ?
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    Conservation : réensauvagement ou restauration écologique ?

    Préserver la biodiversité passe par la protection des habitats. Pour la gestion des espaces endommagés, deux approches sont souvent opposées : le réensauvagement et la restauration écologique. Pourquoi ces approches sont-elles opposées ? Comment fonctionnent-elles ? Les réponses dans cet article.

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    04/07/2024De 3Bee, Fiorila Hell
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    Un objectif commun

    L’activité humaine et le dérèglement climatique qui en découle, sont responsables de bon nombre de maux de notre environnement. L’ONU a déclaré les années 2021-2030 la décennie de la Restauration des Ecosystèmes, avec l’objectif ambitieux de « prévenir, arrêter et inverser les dégradations des écosystèmes sur tous les continents et dans tous les océans ». La destruction et dégradation de l’environnement, la pollution des écosystèmes et la fragmentation des habitats mettent en péril la biodiversité. De ce constat est né la volonté des écologistes de remédier à ces dégradations afin de permettre aux écosystèmes altérés un retour à un état moins dégradé. Deux approches populaires émergent de cette volonté au cours du XXème siècle : la restauration écologique et, plus récemment, le réensauvagement. Bien que leur objectif soit commun, leurs méthodes d’intervention et leurs concepts diffèrent.

    Canette rouillée dans les bois

    En quoi consiste la restauration écologique ?

    La restauration écologique est « le processus d’aide au rétablissement d’un écosystème qui a été dégradé, endommagé ou détruit tout en prenant en compte son intégrité écologique ». C’est un ensemble de méthodes scientifiques qui a émergé dans les années 1930. Comme tout projet scientifique, la restauration écologique se base sur une évaluation de l’écosystème à restaurer. Elle implique ensuite l’élaboration d’un plan d’actions avec des objectifs précis à atteindre, sa mise en œuvre, et à long terme, le maintien des efforts et le suivi des objectifs. Ses objectifs quantitatifs varient selon le projet, mais touchent généralement à l’ensemble des trois volets suivants : 1) le rétablissement de la biodiversité, 2) la réhabilitation des fonctions écologiques d’une zone et 3) la réparation des habitats dégradés. L’humain occupe une place centrale dans les efforts de restauration écologique car c’est lui qui définit les objectifs et qui met en œuvre les actions pour les atteindre.

    Des mains portant des gants jaunes tiennent un arbre et le plantent dans le sol
    XNatura

    Qu’est-ce que le réensauvagement ?

    Le terme est apparu dans les années 1990 dans un contexte bien spécifique. A cette époque, il définissait les processus de réintroduction de grands prédateurs, comme des grands félins, des loups ou des ours, dans leur habitat naturel pour un retour à l’état sauvage. Petit à petit, le réensauvagement s’est invité dans les conversations sur la restauration écologique, particulièrement aux Etats-Unis, dans les mouvements environnementalistes radicaux. Ce concept préconise une activité humaine minimale pour un retour à la nature dirigé par la nature. L’humain joue donc un rôle plutôt passif lors d’une initiative de réensauvagement. A long terme, l’objectif est de laisser l’endroit réensauvagé évoluer et s’adapter de la façon la plus naturelle possible. Il s'agit d'une approche adaptative de la conservation écologique qui encourage la nature à s'adapter et à évoluer selon sa propre imprévisibilité naturelle.

    Deux petites biches dans une forêt

    Les limites de la restauration écologique

    La restauration est souvent inatteignable de par sa définition. Revenir à l’état identique, avant les dommages causés par l’activité humaine, s’annonce souvent impossible. Cette notion « idéalise le passé et dépolitise le futur », en donnant au passé une valeur exagérée et en laissant au futur peu de place pour intervenir de façon naturelle et adaptable. Dans la pratique cela veut dire que l’ambition de revenir à l’état d’origine implique d’abord de trouver un accord sur l’état « naturel » du terrain. Une fois la restauration réalisée, cette approche préconise des efforts de maintien de cet état, ce qui peut être contraire à l’instinct naturel de la faune et de la flore d’évoluer et de s’adapter aux circonstances environnementales comme le dérèglement climatique. De nombreux changements peuvent modifier l’écosystème qui doit s’adapter pour survivre autrement. Le cadre rigoureux de la restauration écologique impose des objectifs qui peuvent entraver cette adaptation naturelle.

    une main tient une pousse d'arbre
    XNatura

    Les limites du réensauvagement

    La principale crainte associée au réensauvagement est sa nature incertaine. La réintroduction d’espèces peut engendrer des changements imprévisibles et nuisibles à l’écosystème ; par exemple, la propagation de nouvelles maladies, une modification des habitats ou l’effet « cascade », qui définit toutes les perturbations liées à l’arrivée d’une espèce. De plus, certains espaces endommagés sont coupés de leur milieu naturel, comme des enclaves urbaines ou des surfaces d’agriculture intensives, ce qui rend leur réensauvagement impossible sans l’intervention humaine. Jusqu’ici, les efforts de restauration appartiennent à la sphère scientifique alors que les projets de réensauvagement sont plus fréquemment menés dans la sphère associative. Deux risques s’ensuivent : le premier est l’éventuel manque de rigueur scientifique du suivi des indicateurs de réussite, le deuxième est le manque de financement potentiel pour accomplir les tâches associées au réensauvagement sur le long terme.

    Une main tient une feuille verte et a les doigts recouverts de peinture verte
    3Bee

    L’utilité d’une synergie

    Une grande partie du corps scientifique plaide pour la mutualisation de ces méthodes et de cesser de les opposer, car elles sont loin d’être antagonistes. Au vu des avantages et désavantages de l’une et de l’autre approche, il est évident qu’une synergie des deux permettrait une méthode de remédiation des écosystèmes plus efficace. Les deux concepts, foncièrement complémentaires, ambitionnent de remédier le vivant par des chemins différents. Là où la restauration veut réparer, le réensauvagement vise à favoriser la résilience naturelle. L’aspect adaptable du réensauvagement répondrait au cadre rigide de la restauration écologique, alors que la rigueur scientifique et les interventions humaines de la restauration éviteraient les imprévus du réensauvagement. Il existe une grande variété d’espaces dégradés et des approches variées sont nécessaires pour remédier aux écosystèmes abîmés, au cas par cas, en fonction des spécificités de chaque écosystème.

    Un dessin de la terre portée par un homme et une femme agenouillée plante des arbres

    Le parc des Cévennes, exemple d’une collaboration réussie

    Le Parc National des Cévennes, dans le sud de la France, est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO. Situé en moyenne montagne, ces 2 700 km2 de territoire abritent une riche biodiversité dont 42 espèces menacées et 18 espèces rares. Le parc a mis en place, dès les années 1990, des méthodes propres aux deux approches. Non seulement le parc des Cévennes est reconnu pour ses démarches écologiques, il est aussi applaudi pour son fonctionnement holistique. En effet, le parc des Cévennes abrite de nombreux écosystèmes qui mêlent préservation de la biodiversité, restauration des habitats naturels, réintroduction d’espèces menacées et conservation du patrimoine culturel de la région, comme l’agro-pastoralisme méditerranéen traditionnel. Le cœur du parc des Cévennes est protégé pour ses qualités naturelles autant que pour ses qualités culturelles. Ce parc est un parfait exemple de réussite de la synergie des deux méthodes de remédiation d’un espace.

    falaise calcaire des Cévennes

    La restauration écologique du parc

    La Restauration écologique a une approche dite « ascendante », ses efforts sont concentrés sur le bas de la chaîne alimentaire et sur les habitats, comme la régénération des sols et la diversité de la flore. De nombreux écosystèmes du parc ont été restaurés selon cette approche. Le paysage diversifié des Cévennes offre une grande variété d’écosystèmes comme des forêts, des tourbières et des cours d’eau, servant souvent de corridors pour la biodiversité. En 2012, le parc s’est lancé dans la restauration écologique des « gourgues », de petites mares aménagées par les agriculteurs d’antan pour fournir le bétail en eau. Les travaux ont consisté à retirer les sédiments vaseux des mares, restaurer les murets qui contiennent l’eau et à retirer la végétation invasive. Le suivi réalisé a démontré une augmentation des amphibiens et libellules autour des mares. La restauration écologique a donc bien contribué à la préservation de la biodiversité locale.

    un étang entouré d'arbres verts

    Le réensauvagement du parc

    Contrairement à la restauration écologique, le réensauvagement est une approche qui travaille sur le haut de la chaîne alimentaire en réintroduisant des prédateurs et herbivores, appelés aussi des « espèces ingénieures » qui vont avoir des effets importants sur un écosystème et ce, même en petit nombre. Dans les années 1980, le castor a été réintroduit dans le parc des Cévennes, après une disparition liée à la dégradation de son habitat et à la chasse. Cette initiative a contribué non seulement à la préservation des castors, mais a également déclenché une cascade de bénéfices pour l’écosystème duquel il fait partie. Les barrages effectués par les castors favorisent les zones humides, agissent comme un filtre naturel et régulent les cours d’eau. Il en résulte de nombreux nouveaux habitats pour une biodiversité florissante dans ces nouvelles zones entièrement dues aux prouesses du castor. Là encore, cette initiative de réensauvagement est réussie.

    un castor sur des branches dans un cours d'eau

    Vers une approche adaptée

    La gestion du Parc National des Cévennes démontre l’importance d’une approche adaptée à la remédiation des espaces naturels. Une synergie des deux méthodes, comme le préconise un grand nombre de scientifiques, présente de nombreux effets positifs sur les écosystèmes. En février 2024, un texte de loi a été voté par l’Union Européenne imposant à tous les pays de l’Union Européenne de restaurer 30% de ses écosystèmes d’ici 2030. Le texte prévoit également une augmentation graduelle avec pour objectif d’atteindre les 60% pour 2040 et 90% en 2050. Tous les écosystèmes sont concernés, notamment les rivières, les forêts, prairies et les fonds marins. Trouver des pratiques de restauration efficaces et ce, sur le long terme, est un enjeu crucial de cette nouvelle loi. Cette directive offre une occasion idéale aux pays Européens d’expérimenter la réhabilitation des espaces avec une synergie de restauration écologique et de réensauvagement adaptée aux spécificités de chaque écosystème.

    une main tient une boule de verre dans lequel on voit une forêt et un lac
    04/07/2024De 3Bee, Fiorila Hell
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