Les zones humides : une richesse de biodiversité
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    Les zones humides : une richesse de biodiversité

    Le 2 février 2024 avait lieu la journée mondiale des zones humides. Cette occasion annuelle met en valeur les services écologiques rendus par les nombreux territoires concernés. Mais à quoi correspond ce terme ? Quels intérêts pour la biodiversité ? Les réponses dans cet article.

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    27/05/2024De 3Bee, Fiorila Hell
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    Qu’est-ce qu’une zone humide ?

    Les zones humides sont définies comme une « surface émergée, saturée d’eau ou inondée, soit en permanence, soit selon les saisons. » Elles font office de transition entre la terre et l’eau. Une classification courante les divise en trois catégories principales. Les zones humides continentales incluent les marais, les lacs, les cours d’eau, les plaines d’inondation, les tourbières et les marécages. Les zones humides côtières comportent les marais salés, les estuaires, les mangroves, les lagunes et les récifs coralliens. Les zones humides artificielles sont des points d’eau construits par l’humain, comme les étangs de pisciculture, les rizières ou les réservoirs. Cette définition large permet d’inclure tous les points d’eau dans les mesures de protection, de conservation et de restauration écologique, chacun ayant ses spécificités et une importance particulière pour la biodiversité, l’écologie et l’écosystème dont il fait partie.

    marécage au coucher de soleil

    La convention de Ramsar

    Le 2 février 1971, la Convention sur les Zones Humides a été signée à Ramsar en Iran. Rassemblant aujourd’hui 172 états signataires, sa mission est « La conservation et l’utilisation rationnelle des zones humides par des actions locales, régionales et nationales et par la coopération internationale, en tant que contribution à la réalisation du développement durable dans le monde entier. » Il est estimé qu’environ 35% des zones humides mondiales ont disparu depuis les années 1970. Cette convention a engendré une liste de « sites Ramsar » désignant les zones humides d’importance internationale et reconnaissant leur valeur pour l’humanité. À l’origine, la conservation de ces zones visait à préserver la diversité d’oiseaux aquatiques qui y trouvent refuge. Depuis lors, la Convention de Ramsar a élargi sa portée afin de reconnaître l’importance des zones humides pour la biodiversité dans son ensemble, ainsi que les écosystèmes qu’elles fournissent et leur impact sur le bien-être humain.

    Main qui signe un contrat
    XNatura

    Les menaces qui planent sur ces écosystèmes abondants

    80% de la surface des zones humides a disparu lors du dernier millénaire. Une étude réalisée en France sur 223 sites humides a conclu, en 2020, que chaque site étudié subissait en moyenne les pressions de 14 types d’activités humaines différentes. Sur le podium des activités anthropiques les plus néfastes pour les zones humides se trouvent, en premier lieu, l’artificialisation des sols due à l’urbanisation croissante, deuxièmement, les conséquences des exploitations agricoles intensives (drainage du sol, pollution et résidus de pesticides), et en troisième lieu, l’introduction volontaire ou accidentelle d’espèces exotiques envahissantes perturbant les écosystèmes. Cette étude a également révélé que seuls 14% des 223 sites humides étudiés ne sont pas touchés par des espèces envahissantes. L’ensemble de ces facteurs, parmi tant d’autres, contribue à la disparition des zones humides et, par conséquent, à la fragilisation des écosystèmes qui entraîne à son tour une perte de biodiversité.

    Camion creusant dans une mine de calcaire

    Des services écologiques

    Les zones humides fournissent de nombreux services écologiques et hydrauliques. Elles agissent comme de véritables éponges qui libèrent de l’eau tout comme elles en absorbent. Si bien aménagées, elles peuvent contenir l’eau des précipitations excessives, limitant ainsi les risques d’inondations dans les milieux urbains. A l’inverse, elles libèrent de l’eau dans les nappes phréatiques en cas de sécheresse. De plus, les zones humides littorales contribuent à réduire l’érosion causée par les tempêtes, ce qui limite la montée des eaux. Des études ont montré que des mangroves en bon état peuvent réduire l'intensité des vagues jusqu'à 75%. Certaines zones contribuent également à réduire la présence de gaz à effet de serre dans l’atmosphère en stockant du CO2. Les tourbières, par exemple, séquestrent deux fois plus de carbone que les forêts. Elles peuvent stocker entre 25% et 30% du carbone dans les écosystèmes terrestres, bien qu’elles ne couvrent que 3% de la surface terrestre.

    Marécages et ciel bleu
    XNatura

    Les services écosystémiques

    En plus des services écologiques, les zones humides sont aussi connues pour leurs services écosystémiques. Elles font partie des écosystèmes les plus diversifiés et productifs, fournissant des habitats pour de nombreuses espèces menacées et endémiques. Des espèces migratrices de poissons s’en servent comme corridors de transition entre différents habitats pour leurs voyages saisonniers cruciaux à leur survie, et y trouvent refuge le long du chemin. La population de poissons migrateurs d’eau douce a diminué de 93% depuis les années 1970, en partie à cause de la dégradation et de la fragmentation de ces écosystèmes. De plus, les milieux humides apportent une contribution significative au développement durable. Ils fournissent des sources d’énergie renouvelable comme l’énergie hydraulique ; filtrent l’eau en piégeant les polluants grâce à leur flore aquatique unique ; et soutiennent les activités économiques comme le tourisme ou la pêche.

    Deux tortues sur un tronc d'arbre flottant sur l'eau
    3Bee

    La biodiversité des zones humides

    Les zones humides abritent une biodiversité originale et spécifique. Bien qu’elles ne couvrent que 6% de la surface de la Terre, elles hébergent 40% de toutes les espèces végétales et animales. Chaque type de zone humide possède une biodiversité unique et variée, déterminée par des facteurs tels que le climat, l'emplacement, la taille, la qualité de l’eau et la disponibilité des nutriments. Par exemple, la diversité d’espèces d’oiseaux est étroitement liée à la surface de la zone humide, tandis que la prolifération d’invertébrés benthiques dépend plutôt de l’âge de la zone. En raison de leur positionnement entre l'eau et la terre, les zones humides sont des habitats riches qui accueillent une multitude d'espèces végétales, de micro-organismes et d'animaux aquatiques et terrestres. Beaucoup de ces espèces sont menacées, soulignant ainsi l'importance de protéger, de restaurer et d’aménager les zones humides en Europe.

    une loutre sort la tête de l'eau

    Une flore unique et adaptée

    Les conditions des milieux humides peuvent être difficiles pour certains végétaux. Ceux-ci doivent faire face à des défis tels que la variation de l’oxygénation (zones hypoxiques) ou le lessivage des minéraux dû aux fluctuations de l’eau. Les plantes qui s’y épanouissent sont appelées des plantes hygrophiles. Elles jouent un rôle crucial dans les services écologiques et écosystémiques mentionnés précédemment. L’une des plantes hygrophiles les plus connues en Europe est le nénuphar. Son système de respiration en aérobie lui permet de maintenir une oxygénation adaptée, même dans les eaux stagnantes. Ses racines puisent les nutriments des sols vaseux alors que ses feuilles flottent à la surface pour effectuer la photosynthèse. Le nénuphar fleurit au-dessus de l’eau, attirant les insectes pollinisateurs qui participent à ces écosystèmes interdépendants, en favorisant la reproduction des plantes hygrophiles.

    Nénuphar

    Les zones humides continentales

    Parmi les zones humides continentales, les zones montagneuses constituent des réservoirs de biodiversité. Les montagnes d’Europe sont parsemées de lacs glaciaires, de marais d’altitude, de prairies humides ou de tourbières alpines. L’eau qui s’y trouve est généralement douce et fraîche, ce qui constitue une source d’eau potable pour la faune environnante. Elles offrent également aux espèces migratrices des haltes importantes pendant les grandes périodes de migration à l’automne et au printemps. En montagne, les variations de température sont plus marquées qu’en basse altitude. La biodiversité locale est donc rythmée par les saisons et doit s’adapter par l’hibernation, la migration ou la survie sous la glace. Par exemple, la grenouille rousse des Pyrénées, une espèce menacée endémique à la région des Pyrénées, peut se déplacer sous les couches de neige. En hiver, elle peut survivre au froid en restant immergée dans des cavités rocheuses humides, grâce à sa respiration cutanée.

    lac de montagne

    Les zones humides côtières

    Les zones humides côtières, aussi appelées zones littorales, longent les côtes maritimes et vivent au rythme des marées. Elles créent une rencontre entre l’eau douce continentale et l’eau salée marine, formant ainsi un gradient de salinité qui permet à différentes espèces de s’y épanouir selon leurs besoins. On y trouve des mangroves, des marais salants, des lagunes ou bien des estuaires. Elles sont particulièrement importantes pour la reproduction de la biodiversité, qui les utilise comme nurserie. Par exemple, l’échasse blanche est un oiseau fréquentant typiquement les zones humides littorales. Les îlots de sable peu herbacés lui fournissent l’endroit idéal pour sa nidification. L’échasse blanche se nourrit principalement de larves, de mollusques et de petits crustacés, qu’elle peut atteindre avec son bec adapté, en picorant dans les eaux peu profondes.

    mangroves

    Les zones humides artificielles

    La création de zones humides artificielles prend de plus en plus d’ampleur ces dernières années afin de remédier à la dégradation et la diminution des zones humides naturelles causées par l’activité anthropique. Elles sont souvent conçues pour le traitement des eaux usées en exploitant leurs processus hydrologiques aux vertus épuratoires. Elles peuvent prendre la forme de mares, de marais filtrants, de bassins de rétention, d’étangs de décantation ou de réservoirs d’eau. Outre leurs nombreuses vertus écologiques et hydrauliques, ces points d’eau attirent et abritent la biodiversité ou bien lui servent de corridor transitoire. Leur rôle dans la préservation de la biodiversité dépend d’une planification appropriée et d’un entretien régulier. S’appuyant sur l’ingénierie écologique et des connaissances biologiques, la gestion soigneuse des zones humides artificielles aide à lutter contre l’uniformisation de l’habitat et la prolifération d’espèces envahissantes.

    canal artificiel

    Restaurer pour préserver

    Selon la Convention de Ramsar, il est urgent et crucial de faire cesser et d’inverser la destruction des zones humides. Cela implique la restauration et la protection des zones existantes mais aussi la création de nouvelles zones artificielles planifiées et gérées consciencieusement. La région Île-de-France s’est récemment engagée dans cette cause. La région a lancé un plan « 1 000 mares » en avril 2024, comme solution jugée « efficace et peu coûteuse » pour préserver la biodiversité et bénéficier des services hydrauliques et écosystémiques des sites humides. On recense déjà en Île-de-France 30.000 mares abritant une biodiversité unique et florissante. Un plan national « milieux humides 2022-2026 » a été lancé en 2022, comptant parmi ses objectifs la restauration de 50 000 hectares de zones humides d’ici 2026, l’extension du réseau Ramsar et la multiplication par deux de la superficie des milieux humides bénéficiant d’une protection forte en France d’ici 2030.

    Des mains l'une sur l'autre pour signifier un accord
    27/05/2024De 3Bee, Fiorila Hell
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