Le castor : un ingénieur à préserver
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    Le castor : un ingénieur à préserver

    Le castor fête les 50 ans de sa réintroduction sur le territoire français. Cet animal fascinant avait quasiment disparu du paysage au XXème siècle. Aujourd’hui, il prospère dans toute la France. En son honneur, l’année 2024 est déclarée l’année du castor !

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    06/06/2024De 3Bee, Fiorila Hell
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    L’histoire du castor en France

    Au début du XXème siècle, le castor connaît une diminution dangereuse de population. D’une part, l’urbanisation croissante empiète sur la nature et détruit son habitat, avec, notamment, la construction des canalisations de rivières et de chemins de halage. D’autre part, il est chassé, particulièrement pour sa fourrure mais aussi pour le castoréum, une sécrétion aux effluves framboisées, utilisée en parfumerie et en médecine. A la fin du XIXème siècle, il est également considéré comme nuisible par les cultivateurs qui voient leurs champs inondés ou leurs arbres abîmés par les comportements du castor. Les zoologistes de l’époque en étaient certains : le castor était en voie de disparition totale et rapide. Il fallut réagir vite pour empêcher cette espèce de s’éteindre. Le castor devient donc le premier animal de France à être protégé par la loi, en 1909, lorsque sa chasse fut interdite. Bien que son extinction soit sous contrôle, les populations demeurent faibles.

    castor dans un bassin artificiel

    L’année du castor

    Avec une population toujours restreinte, le castor a été réintroduit en en France en 1974 sur les rives de la Loire, où il avait disparu. Treize castors du Rhône ont été réintroduits le long du fleuve et se sont répandus naturellement dans la région. 50 après, la Société Nationale pour la Protection de la Nature (SNPN), en collaboration avec le Comité Départemental de la Protection de la Nature et de l’Environnement (CDPNE), ainsi que de nombreux autres partenaires locaux et nationaux dont l’Office français de la biodiversité, lancent l’Année du Castor. Pendant plus d’un an, des actions de sensibilisation visant le grand public et les structures institutionnelles et politiques seront organisées en France. En 2008, le castor passe du statut de « menacé » à « préoccupation mineure » en Europe. Il reste tout de même classé sur liste rouge de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) des mammifères continentaux de France métropolitaine.

    Le fleuve Loire
    XNatura

    Profil biologique du castor

    Le castor d’Europe (Castor fiber) est un rongeur de la famille des castoridés (Castoridae), qui comporte deux espèces, avec son cousin américain le Castor canadensis. C’est un herbivore qui se nourrit de végétaux et d’écorces d’arbres, principalement de bois blanc tel que le saule, le tremble ou le peuplier. Il peut mesurer jusqu’à 1m20 de long et peut peser jusque 35kg, ce qui lui vaut le titre du plus grand rongeur d’Europe. Ce mammifère semi-aquatique est inféodé aux cours d’eau et autres zones humides continentales. Il construit son terrier le long des rivières à l’aide de ses incisives affûtées qui lui permettent d’abattre des arbres allant jusqu’à 50cm de diamètre en quelques jours. Son territoire peut s’étendre sur plusieurs kilomètres de rives, variant de 0,5 à 12km en fonction de la disponibilité de nourriture, qu’il partage avec son groupe familial de 4 à 7 individus.

    deux castors dans l'eau

    Un ingénieur hors-pair

    Le castor est un des rares animaux, avec l’humain, qui transforme son environnement à grande échelle pour l’adapter à ses besoins. Cette aptitude lui vaut le titre d’espèce « ingénieure » ou ingénieur des écosystèmes. Son comportement le plus connu est la construction de barrages, pour lequel il est réputé. L’objectif principal du castor est de maintenir l’entrée de son terrier immergée sous l’eau, où elle sera inaccessible aux prédateurs. Pour ce faire, il creuse une galerie dans la boue des berges et recouvre le tout d’un amas de branches entrelacées. Les barrages qu’il construit lui permettent de contrôler le niveau de l’eau afin de maintenir son terrier immergé, et donc, en sécurité. Ces constructions édifiantes peuvent également étendre son territoire de nage et lui donner accès à plus de nourriture par les inondations qu’elles provoquent.

    castor sur des branches
    XNatura

    Architecte de barrage

    Les constructions du castor sont muables dans le temps. Elles peuvent être multipliées, colmatées, élargies, ou détruites. Leur durabilité dépend donc de leur entretien et du nombre de castors présent sur le territoire. Quant au choix de l’emplacement d’un barrage, et donc d’un territoire de vie, le castor se base sur trois critères. Le premier est la disponibilité des arbres à proximité, afin qu’il n’ait pas à se déplacer trop loin dans les terres qui lui sont dangereuses. Le castor ne s’éloigne généralement pas plus de 100m du rivage. Le second est la nécessité d’une source d’eau courante. L’eau stagnante des lacs ne lui correspond pas. Troisièmement, le castor s’appuie sur la topographie de la zone pour déterminer s’il sera propice à un étang. Par exemple, la pente d’un cours d’eau doit être comprise entre 1 et 10%. Une fois l’emplacement trouvé, il va tisser des branches et des troncs d’arbre entrelacés, qu’il peut parfois solidifier avec des pierres, des feuilles et de la vase.

    tronc d'arbre grignoté par un castor
    3Bee

    Une maîtrise de l’hydrologie

    On connaît aux castors des vertus d’hydrologues. L’hydrologie est la science des cycles de l’eau. Des études ont démontré que les barrages des castors ont des conséquences biochimiques, géomorphologiques et hydrauliques sur les points d’eau qu’ils investissent. Le barrage va avoir pour effet un changement de débit de l’eau de part et d’autre de celui-ci. D’un côté le courant est rapide. De l’autre, l’eau est stable et immerge les berges. Ce changement de débit est à l’origine de la plupart des modifications hydrauliques qui s’ensuivent. Les rives immergées agissent comme un filtre en réduisant les excès chimiques présents dans l’eau, comme les nitrates, avant qu’elle ne réintègre le courant. L’étang du castor étant stable, il permet aussi à plus de sédimentation de se déposer, changeant la profondeur et les mouvements de l’eau, en amont et en aval du barrage. Après la destruction d’un barrage, le profil hydrologique antérieur à l’arrivée du castor reprend sa place naturellement.

    castor nageant dans l'eau

    Son impact sur les écosystèmes

    En raison de tous ses comportements d’ingénieur, le castor peut profondément modifier un écosystème. Il crée des oasis de vie dans les milieux humides. Dès la construction du barrage, la faune et la flore de la zone seront modifiées. Les barrages causent des inondations des berges, ce qui provoque la mort de nombreux arbres sur la rive dont les racines sont noyées. Cela change la composition des forêts en créant des puits de lumières qui favorisent le développement d’une flore typique des zones humides. La création d’une zone humide va attirer la faune adaptée à ce milieu. Des amphibiens, des reptiles d’eau et d’autres mammifères semi-aquatiques comme la loutre, vont venir s’y installer. Les zones humides servent également de halte aux oiseaux migrateurs qui viennent s’y reposer lors de leur voyage saisonnier. C’est donc une biodiversité foisonnante qui réinvestit les espaces modifiés par le castor.

    deux castors dans l'eau

    Son impact écologique

    Les castors et leurs constructions ont un tel impact sur leur environnement, qu’ils peuvent également contribuer à l’atténuation des effets du changement climatique. En plus de fournir divers habitats à la biodiversité, les zones humides créées par les barrages présentent un intérêt écologique particulier. Ces nouveaux étangs régulent l’eau dès l’apparition du barrage et du débordement qu’il provoque. L’eau a plus de place pour se disperser, ce qui diminue le risque d’inondations ; alors que les nappes phréatiques sont nourries, ce qui limite les risques liés aux sècheresses. Les zones humides sont aussi réputées pour stocker du carbone. Elles peuvent parfois séquestrer plus de carbone que les forêts, grâce à leurs composition végétale spécifique qui tolère bien les milieux inondés et les sols pauvres en oxygène. La décomposition de cette matière végétale est plus lente en raison du manque d’oxygène et le carbone séquestré n’est pas relâché dans l’atmosphère.

    paysage humide d'en haut

    Interactions avec l’humain

    Le castor est toujours considéré comme nuisible dans certains domaines. Il peut avoir des interactions négatives avec les domaines de l’agriculture, la sylviculture ou la pisciculture. Des arbres fruitiers issus de cultures ont déjà été maladroitement abattus par des castors qui ne font pas la différence entre les espèces. Ils peuvent également se nourrir de tiges de maïs issues de plantations, ce qui peut entraîner des pertes économiques considérables selon la taille de la colonie à proximité. Il a également été question de sylvicultures noyées par des barrages de castor, ce qui mène à la mort des arbres et à la perte du terrain. Des solutions sont mises en place afin de protéger les cultures, sans porter préjudice à l’animal. Par exemple, des manchons de grillages peuvent être accrochés à la base des arbres, à hauteur d’un castor, pour les empêcher de grignoter le bois. Pour éviter les inondations, des siphons peuvent être installés au cœur du barrage pour que l’eau s’échappe.

    tronc d'arbre grignoté par un castor

    Comment célébrer l’année du castor

    Ingénieur, architecte et hydrologue, le castor est un élément crucial de nos paysages. Il crée des mosaïques de milieux et améliore l’hétérogénéité d’un site. Son rôle dans la régénération des écosystèmes, la préservation de la biodiversité et l’atténuation des effets du changement climatique en font un animal utile et important. L’année du castor a pour objectif la sensibilisation à la préservation de ce mammifère, mais aussi sa réhabilitation dans l’imaginaire collectif. Les nombreux services qu’il rend par ses transformations de l’environnement restent largement méconnus du grand public. La célébration du castor durera jusqu’à l’été 2025. Elle permettra au grand public mais aussi aux chercheurs et scientifiques, d’en apprendre plus sur cette espèce, sa façon de vivre, et sur les moyens de la préserver.

    castor
    06/06/2024De 3Bee, Fiorila Hell
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