La pollution lumineuse à la baisse en 2024
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    La pollution lumineuse à la baisse en 2024

    L’activité humaine affecte la biodiversité de jour, comme de nuit. Les lumières artificielles provoquent de sérieux dégâts sur les animaux et les plantes dont les rythmes dépendent de la luminosité. Heureusement, la France affiche une pollution lumineuse en baisse depuis début 2024.

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    29/04/2024De Fiorila Hell
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    La pollution lumineuse, un phénomène récent

    La pollution lumineuse, aussi appelée « photopollution », définit l’ensemble des éclairages artificiels qui atténuent l’obscurité nocturne normale. Cette « photopollution » découle d’un réseau tentaculaire de lampadaires, de vitrines commerciales, de panneaux publicitaires, de signalisation routière et autres sources de lumière nocturne. Les émissions lumineuses anthropiques créent un halo lumineux, particulièrement au-dessus des grandes villes, qui modifie considérablement le seuil d’obscurité nécessaire au rythme circadien. Ce phénomène, visible depuis l’espace, augmenterait d’environ 5% à 10% par année. Une augmentation accrue par l’arrivée des ampoules LED qui émettent une lumière plus intense, selon la European Space Agency. La luminescence du ciel nocturne avait d’abord inquiété les astronomes qui, dans les années 1980, commençaient à subir les effets délétères de la sur-illumination nocturne sur leur travail.

    Lumières urbaines vues du ciel la nuit

    Les étoiles, les plantes, les animaux et nous

    Après les astronomes, ce fut au tour des naturalistes et ornithologues de remarquer, au cours des années 1990, les conséquences néfastes de la pollution lumineuse sur le vivant. Déjà vulnérables au dérèglement climatique, aux pesticides, à l’urbanisation et à la surexploitation de la nature, la biodiversité souffre désormais aussi de la pollution lumineuse. De toutes les formes de perturbations écologiques d’origine anthropique, la pollution lumineuse est la seule qui n’a pas connu d’analogue dans la nature. Alors que le climat a autrefois traversé des dérèglements, que les habitats ont déjà été fragmentés, que certaines plantes émanent naturellement des pesticides, le cycle « lumière-obscurité » quotidien et saisonnier, lui, a jusqu’ici été constant et ininterrompu. Il s’agit donc d’une pollution particulièrement néfaste pour une biodiversité incapable de s’adapter à temps. Ce phénomène menace et perturbe les écosystèmes de façon bien plus sévère que ce que l’on croit.

    Chouette en plein vol nocturne
    3Bee

    Tous réunis sous la loi du rythme circadien

    La plupart du vivant s’appuie sur la luminosité du ciel pour dicter son rythme. Ces signaux permettent de réguler les cycles naturels de migration, de reproduction et de nutrition de nombreuses espèces. Ce système d’information intuitif s’appelle le cycle circadien. C’est une horloge interne permettant aux mécanismes de survie et de développement d’être accomplis. Elle est présente chez les animaux mais aussi chez les humains, pour qui de nombreux procédés biologiques dépendent du cycle « obscurité-lumière » quotidien. La digestion, la pression artérielle et même la température du corps sont régulés par l’horloge circadienne. Le corps détecte la luminosité et envoie des signaux aux organes concernés afin d’enclencher les mécanismes appropriés à l’horaire. Par exemple, l’hormone du sommeil, la mélatonine, est sécrétée naturellement à la tombée de la nuit. Lorsque la noirceur du ciel est dégradée, c’est tout le cycle circadien qui est perturbé, pouvant engendrer des problèmes de santé.

    horloge dans l'herbe

    Les effets sur les espèces nocturnes

    Les animaux les plus perturbés par la pollution lumineuse sont les espèces nocturnes. A peu près 30% des vertébrés et 60% des invertébrés sont des animaux actifs la nuit. Leur vision étant adaptée à l’obscurité, ils percevront la lumière avec une intensité bien supérieure aux espèces diurnes. Cela peut désorienter la faune et modifier ses comportements de reproduction, de navigation et de communication, menaçant la survie des espèces. Par exemple, certaines espèces marines comme le zooplancton et le corail, s’appuient sur la luminosité de la lune pour la dissémination des cellules reproductives. Le succès de la reproduction de ces espèces dépend de la capacité des deux sexes à coordonner la diffusion des gamètes mâles et femelles. Si le ciel est trop clair, il risque de modifier la luminosité de la lune et d’empêcher ces espèces de se coordonner, risquant ainsi une baisse de succès de la reproduction.

    corail de nuit
    3Bee

    Les espèces migratrices menacées

    Selon un rapport de l’ONU, plus de 20% des espèces migratrices sont menacées d’extinction. La menace est imputée en grande partie à l’activité humaine qui détériore et surexploite les habitats naturels dont dépendent ces espèces. Les oiseaux migrateurs sont particulièrement affectés par la luminescence causée par l’éclairage artificiel. Deux tiers des oiseaux migrateurs voyagent de nuit. Leur système de navigation nocturne se base sur deux types d’information pour s’orienter : la position des étoiles et le champ magnétique de la Terre. Non seulement la pollution lumineuse détériore la visibilité du ciel et de la carte céleste, mais elle peut également éblouir les oiseaux. Certains éclairages peuvent même altérer la détection du champ magnétique terrestre. A bout de forces, les animaux désorientés sont plus vulnérables à l’épuisement, à la prédation et à d’éventuelles collisions avec des bâtiments émetteurs de lumière.

    oies sauvages en migration

    Les insectes et la lumière

    Les dangers du sur-éclairage nocturne sont facilement observables par leur impact sur les insectes. Un grand nombre d’insectes est attiré par la lumière qui les désoriente et les pousse à tourner en rond jusqu’à l’épuisement ou la prédation. Des études estiment qu’environ un tiers des insectes attirés par la lumière artificielle perdrait la vie avant le lever du jour. Les insectes qui réussissent à s’échapper du cône de lumière peuvent continuer à en souffrir. La désorientation provoquée par celle-ci peut affecter leurs capacités sensorielles et motrices pendant plusieurs heures, empêchant ceux-ci de se reproduire, de se nourrir ou d’échapper aux prédateurs. Une baisse de population chez les insectes peut entraîner des conséquences dramatiques sur les écosystèmes comme une diminution de la pollinisation des plantes et des déséquilibres dans la chaîne alimentaire. Il est estimé que la lumière artificielle est la deuxième cause de mortalité chez les insectes après les pesticides.

    Insectes autour d'une ampoule

    Les écosystèmes fragilisés

    Ces quelques exemples illustrent au cas par cas les dangers de la pollution lumineuse sur la biodiversité. Au-delà des espèces citées plus haut, ce sont des écosystèmes entiers qui subissent les conséquences de ce problème contemporain. Le bon fonctionnement d’un écosystème repose sur un réseau d’interactions entre différentes espèces, facilement fragilisé par cette nouvelle source de pollution. La lumière attire certaines espèces et en repousse d’autres, fragmentant les habitats naturels. Ce phénomène intensifie la compétition entre prédateurs, modifie les comportements de prédation et conduit à de sérieuses perturbations de l’écosystème. La compétition accrue entre prédateurs est un grave problème. Des prédateurs diurnes comme des charognards, des reptiles et des oiseaux profitent de l’agglomération des insectes autour des sources lumineuses pour chasser la nuit. En résulte une baisse des ressources alimentaires, ce qui menace la survie des prédateurs nocturnes.

    amphibien nocturne sur une branche

    Une affaire de sécurité

    Au vu de l’impact sérieux de la pollution lumineuse sur la biodiversité, les écosystèmes, l’astronomie et la santé humaine, il est difficile de comprendre pourquoi ce phénomène a attendu 2024 pour enfin diminuer en France. Cette réussite est due en majeure partie à la crise énergétique qui pousse les localités à faire des économies d’énergie. De toutes les formes de pollution d’origine anthropique, il s’agit de la plus simple et rapide à remédier. Eteindre les lumières permet de réduire cette source de pollution dans l’immédiat et de rééquilibrer les écosystèmes vitaux à la sauvegarde de la biodiversité. Alors pourquoi s’obstiner à sur-éclairer la nuit ? Il s’agirait d’un facteur culturel. Le sur-éclairage répond à un besoin de sécurité. La sécurité routière et aéronautique, notamment, dépendent de l’éclairage nocturne. L’éclairage urbain permet aussi d’offrir un sentiment de sûreté aux habitants des villes.

    lumières artificielles autouroute

    Réconcilier les intérêts

    Une campagne internationale de sensibilisation aux effets de la pollution lumineuse sur la biodiversité avait été lancée en 2022 lors de la Journée Mondiale des Oiseaux Migrateurs, organisée par la Convention sur la conservation des espèces migratrices appartenant à la faune sauvage (CMS). De nombreuses solutions furent mises en lumière par la CMS afin de protéger la biodiversité de cette pollution. Néanmoins, la CMS insiste sur la nécessité évidente de conserver un certain éclairage nocturne pour préserver la sécurité et productivité humaine. Leurs recommandations s’adressent surtout aux décideurs politiques afin d’éclairer au bon moment, au bon endroit et de la bonne façon. Par exemple, imposer à certains bâtiments d’éteindre leurs éclairages en périodes de migration, à l’automne et au printemps assurerait aux espèces migratrices une traversée moins dangereuse.

    ciel étoilé et personnes avec lumière artificielle

    Des avancées optimistes

    Bien que la baisse de la pollution lumineuse en ce début d’année 2024 soit due en grande partie à la crise énergétique, il s’agit tout de même d’une bonne nouvelle pour la biodiversité. En 2023, la Commission Européenne publie un rapport présentant des solutions pour atténuer les effets néfastes de la pollution lumineuse sur la biodiversité. La recherche sur ce sujet a considérablement progressé ces cinq dernières années, générant des centaines d’articles. Des solutions concrètes et faciles à mettre en place existent pour remédier rapidement à ce phénomène délétère, par exemple sous forme de zones de protection de l’obscurité. La technologie offre également des alternatives ingénieuses comme des éclairages enclenchés par capteurs de mouvements ou bien des lampadaires plus bas, éclairant un rayon plus petit et plus efficace. C’est à présent aux décideurs politiques de s’emparer du sujet afin d’encourager la mise en place de ces solutions et d’agir pour préserver la biodiversité.

    ampoules allumées

    3Bee : technologie pour la biodiversité

    3Bee est l'entreprise naturetech qui développe des technologies pour surveiller, protéger et régénérer la biodiversité. À partir de l'abeille, un bio-indicateur fondamental, 3Bee collecte et interprète des données environnementales grâce à des systèmes propriétaires innovants pour surveiller la santé des pollinisateurs et leur lien avec les écosystèmes.
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    Spectrum 3Bee
    29/04/2024De Fiorila Hell
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